Astronomie et MUSICA 2020

Astronomie et MUSICA 2020

L’univers sonore et visuel de Ryoji Ikeda

Par Roger HELLOT, président de la F4A

Ryoji Ikeda est un artiste contemporain et un musicien japonais. Actif depuis plus de 12 ans sur la scène internationale, il propose des concerts, des performances visuelles et sonores, ainsi que des installations plastiques. Mais quels est donc son rapport avec l’astronomie ?
Décrivons en quelques mots le monde artistique de Ryoji Ikeda.
Il travaille les qualités intrinsèques du son et les phénomènes de perception acoustique, pour inscrire ses compositions électroniques dans une esthétique caractérisée par des formes minimalistes et des recherches sonores poussées en matière de timbre et de texture. Au premier degré, une écoute simpliste fait penser aux musiques planantes et psychédéliques des années soixante qui donnèrent naissance à de nombreuses musiques nouvelles. Elles prenaient comme sujet l’illustration sonore imaginative des profondeurs de l’espace et du monde des astres. Mais Ryoji Ikeda va plus loin.
Son univers est certes minimaliste. Mais à partir de sons simples souvent de percussion mais aussi de flash d’imagerie visuelle, il taquine le process de répétition jusqu’à la complexité extrême.
Ce n’est pas étonnant qu’il ait cherché dans le monde des atomes et du quantique autant que dans l’imagerie astrophysique les inspirations pour ses œuvres et ses créations comme «  Micro-Marco ». L’artiste y explore l’infiniment grand avec les échelles de la dimension de l’univers de Planck, le lieu où les idées classiques de la gravité et de l’espace-temps cesse d’exister. Il se dit qu’il a démarré ses réflexions à partir du CERN, le laboratoire de recherche des particules à Genève. L’œuvre est une succession et une juxtaposition de représentation des hyper-structures de l’Univers, des galaxies puis des étoiles comme le Soleil avant de se fondre dans la représentation du monde des particules élémentaires au travers de graphismes d’inspiration mathématique.
Reprenons, parmi les rares moments où l’artiste s’est exprimé, ses paroles :
« Je ne souhaite pas à magnifier l’ordinateur ou les mathématiques, ce sont juste des expériences. L’expression peut paraître un peu abstraite car il faut bien une dose de mystère. En fait vous regardez quelque chose mais votre cerveau n’est pas capable de le gérer. C’est ça qui m’intéresse. J’aime cette approche intellectuelle car il n’y a pas d’autre véritable réponse ». Dans son œuvre « Code-Verse » apparaissent des paysages mathématiques faits de points et de lignes qui rejoignent des cartes lunaires pour se mêler aux éruptions solaires avant de se perdre dans les plans galactiques et l’imagerie des premiers instants du fond diffus de la naissance de l’Univers.
« Quand vous imaginez l’univers, il est si grand et si large, bien au-delà de votre imagination. Pourtant tout un chacun sait qu’il existe ! Essayez de représenter l’Univers tout entier peut apparaître comme une idée folle mais qui peut aussi vous impressionner, vous sublimer, vous inspirer. Pour ma part, je suis plutôt un compositeur. J’aime composer quelque chose. J’aime composer de la lumière, des couleurs et des lignes de pointes et de chiffres pour transformer ma composition en une forme de clé. Ainsi ma création d’art visuel devient une composition. J’y utilise ma propre palette, d’objets mathématiques, d’objets de la physique et de la mécanique quantique qui deviennent alors les couleurs personnelles de ma création. »
Si pour certains les œuvres apparaissent froides et rigides, elles sont néanmoins colorées, particulièrement rythmées.La succession parfois vertigineuses des images et des sons n’empêche pas la dimension méditative d’entrer en nous.
« Je ne souhaite pas réfléchir aux émotions ressenties par les spectateurs », nous dit l’artiste, « Car si vous pensez à l’émotion créé chez le spectateur vous risquez de vouloir en prendre la direction ou au pire par vouloir abandonner. Or nous éprouvons tous des émotions, c’est pourquoi je ne cherche pas à donner une quelconque direction à l’émotion dans mes œuvres. Tristesse, joie ou rien du tout, je fais simplement mon travail et c’est tout. »
Ryoji Ikeda s’affirme comme un artiste particulièrement extraordinaire car s’il travaille comme beaucoup sur des concepts difficiles, intéressants et importants, il réussit par leurs visualisations dans ses œuvres à les rendre vraiment accessibles.
« Je ne cherche pas à dégager une idée précise dans mes créations. Je fais simplement de mon mieux. Les spectateurs me rejoignent ensuite et fusionnent dans une appréciation globale. C’est comme si je ne réalisais que la moitié de la pièce pour que les spectateurs complètent l’autre moitié. Il faut dire que sans audience, tout ce que je fais ne sert à rien ! J’ai vraiment besoin des spectateurs. C’est comme un concert sans auditoire, cela ne sert à rien ! C’est la vie ! »
Musica 2020 rend un hommage particulier à l’artiste Ryoji Ikeda dans sa programmation de cette année :
– « 100 cymbals », créé en 2019, est présentée pour la première fois en France par les Percussions de Strasbourg. « 100 cymbals » est une plongée dans les abysses de la vibration qui se révèle comme une puissante ressource polyphonique (Jeudi 17 septembre à 20h au Palais des congrès de Strasbourg).
– « Live Set » sera un plongeon dans un bain techno-numérique présenté par Ryoji Ikeda lui-même (Jeudi 17 septembre à 21h30 au Maillon de Strasbourg). Il faudra choisir !
– « Body Music » et « Metal Music » sont des créations françaises pour se propulser dans l’univers du triangle et des crotales (Vendredi 18 septembre à 20h30 au Palais des congrès de Strasbourg).
– « Superposition », la symphonie du maître à ne pas manquer, une œuvre multidimensionnelle sur 22 écrans où défilent l’hégémonie de la révolution quantique et les paysages spatiaux et numériques (Vendredi 26 septembre à 20h20 au Maillon).
Nous ne pouvons que recommander de courir à la billetterie de Musica et d’inviter les amateurs de belles sensations à aller découvrir cet artiste exceptionnel qui cherche à propulser le spectateur vers les profondeurs des galaxies sonores pour nourrir de nouvelles expériences d’écoute par la déconstruction du rituel du concert.
Sources d’information : la documentation Musica 2, The immense electronic art of Ryoji Ikeda, ABC news of Australia.

Au revoir Neowise, bonjour tristesse !

Au revoir Neowise, bonjour tristesse !

Au revoir Neowise, bonjour tristesse !
Observer le ciel la nuit, c’est aussi regarder où on met ses pieds !

 Une communication à la presse par Roger HELLOT, Président de la Fédération des Associations d’Astronomes Amateurs d’Alsace.

La comète Neowise tire petit à petit sa révérence et s’éloigne inexorablement de la Terre en emportant son panache jaune au liseré bleu vers d’autres horizons. En effet, elle n’est plus que visible dans des jumelles et le grand public, après un engouement sans pareil depuis longtemps, se détourne déjà vers d’autres sujets qui font le buzz.

Mais les astronomes amateurs restent un peu sur leur faim !

Roger Hellot, le président de la fédération des associations d’astronomes amateurs d’Alsace se réjouissait au printemps, en rendant, dès le début du confinement, le public attentif à la beauté du soleil couchant qui laissait la place à la planète Vénus dans le ciel du soir. « Nous ne nous attendions pas à l’arrivée d’une belle comète pour fêter le déconfinement. Neowise F3 fût une des plus belles comètes des 20 dernières années »., rajoute-t-il a ses commentaires. Malheureusement, les vrais astronomes amateurs ont vite déchanté devant l’engouement médiatique dont s’est emparée la toile. A force d’une surenchère de photos de la comète comme panache des cathédrales jusqu’à l’église du village ou du château du coin, les badauds se sont précipités vers la campagne à peine la nuit tombée pour saisir, eux aussi avec la fierté de leur smartphone la traine de l’astre errant. « Mais à force de regarder le ciel, ils ont oublié de regarder où ils mettaient leur pieds », regrette Roger Hellot qui souligne que les astronomes amateurs utilisent par contre des zones aménagées quand ils se rendent dans la campagne, notamment le massif vosgien pour profiter d’un ciel plus noir, abrité des lumières parasites de l’éclairage public. Ils se sont aussi, pour certains, spécialisés dans la spectroscopie et ont cherché à étudier la composition de la comète, ses mouvements de rotation et son évolution. Ils ont regretté les débordements d’un public qui s’est lâché à réaliser chacun sa photo personnelle avec force de piétinement de l’espace naturel, des plantes sauvages rares et des plantes fragiles.

L’absence des êtres humains dans la nature pendant le confinement avait permis à la nature de retrouver bien des aises, une constatation bien vite oubliée. L’Office National des Forêts, avec Didier Epp, le responsable pôle aménagement-environnement à l’agence de Schirmeck, s’est également plaint du mépris des promeneurs nocturnes, de leurs stationnements sauvages, des barbecues et de leurs non-respects autour de la zone Natura 2000. Rappelons que des plantes comme les laiches sont devenues très rares, que le merle et le pipit nichent sur le sol, ou encore que les chiroptères, les tritons et les salamandres sont en voie de disparition. Les astronomes amateurs sont très proches des techniciens et des professionnels de la protection de la nature, ne serait-ce que par leur préoccupation commune de la préservation du ciel et de l’environnement nocturnes. Le départ de la comète a donc laissé un goût amer et les astronomes amateurs s’interrogent aujourd’hui sur leur ardeur à communiquer et à vouloir partager la contemplation des beautés du ciel nocturne.

« A force de lever le nez au ciel, il ne faudrait pas oublier où l’on met les pieds ! », renchérit Roger Hellot, « Notre planète est elle-aussi unique, file avec nous à travers l’espace comme un grand jardin dont nous ne pourrons pas nous échapper alors que son atmosphère, les plantes et les animaux sont déjà menacés. N’oublions pas que dans ce grand jeu de massacre, nous ne sortirons pas vainqueur sans un grand respect mutuel ».

En partageant leurs soucis avec l’ONF et les Brigades Vertes, les astronomes amateurs lancent donc un appel solennel : Respectons la nature à nos pieds autant que le ciel au-dessus de notre tête pour ne pas rester avec un goût de tristesse lors de notre adieu à Néowise.


La fête de l’été 2019 au CDF

La fête de l’été 2019 au CDF

La Fête de l’été au Champ du Feu le 30 juin 2019.

C’est aussi en tant que membre de l’Association des Commerçants et Acteurs du Champ du Feu, que la FA4 a répondu présent pour participer, pour la 3ème année consécutive, à la journée de la Fête de l’été du Champ du Feu. Le dimanche 30 juin 2019, sur le lieu-dit de la Serva, parmi les nombreuses activités sportives comme l’Ekiden, le marathon en relais par équipe, les courses en VTT, les « accrobranches » et autres amateurs de trottinettes électriques, les astronomes de la F4A, la fédération des associations des astronomes amateurs d’Alsace, a déployé devant son stand ses lunettes et télescopes pour proposer, à un public très familial, des observations de notre Soleil. Avec une météo chaude et radieuse, les astronomes amateurs des associations de la région ont coordonné leurs efforts pour présenter de façon plus générale la pratique de l’astronomie dans ce lieu montagneux devenu célèbre. Sont venus prêter main forte Julien Q., Henri H. et Roger H. de la SAFGA de Strasbourg, Jean-François K. de NEMESIS de Saverne et Pierre P. d’ALBIREO de Plaine de Walsch. Une exposition a servi de support pour sensibiliser également le public à la protection de la biodiversité de ce site classé Natura 2000 et de mettre l’accent sur les efforts que les astronomes font avec l’ANPCEN pour préserver le ciel et l’environnement nocturne du massif du Champ du Feu. Ce fût une belle journée et une belle rencontre avec le public. A recommencer ! © Roger Hellot, Terebellum-20190630.

Randonnées au col de la Peyrheux

Randonnées au col de la Peyrheux

Les sentiers du Col de la Peyrheux, 30 années de plaisir pour Henri Hierholz !

Notre collègue bien connu de la vallée de Schirmeck, Henri Hierholz est non seulement un astronome amateur averti avec un talent exceptionnel pour la taille de miroirs et la construction de télescopes, il est aussi un bon randonneur. Les parcours à pied vers les cols et les sommets qui entourent sa vallée lui sont familiers depuis son enfance. Il connait les sentiers, les prairies, les bois et bien sûr les points de vue par cœur, par plaisir pour la randonnée mais aussi toujours à la recherche du site idéal pour observer une conjonction, une Lune éclipsée ou encore un lever de planètes en conjonction. Parmi les nombreux cols du fond de vallée, il y en a un qui lui tient beaucoup à cœur, il s’agit du col de la Peyrheux car il domine la vallée dans une convergence de nombreux sentiers. Depuis des siècles, ces chemins, qui conservent tous de nombreux secrets, convergent vers un lieu mythique où résonnent dans les récits mythiques des anciens, les souffrances engendrées par les mœurs et coutumes d’antan. Heureusement aujourd’hui, c’est la nature qui domaine. Le col de la Peyrheux est un site exceptionnel où dans l’air pur, il est possible de toucher les collines d’une main et le ciel de l’autre. Il est tous les ans, le point d’orgue de l’investissement de tous les habitants de la région au profit des visiteurs qui cherchent avec la randonnée sur les Sentiers Plaisir, à découvrir la vallée de Schirmeck. Ce fût à nouveau le cas cette année, le 23 juin dernier pour la traditionnelle fête annuelle des Sentiers Plaisir. Les Sentiers Plaisir sont une originalité de la ville de Schirmeck. « Tous les étés, depuis près de 30 ans, les habitants de la Vallée de la Bruche se mobilisent pour accompagner bénévolement amis et visiteurs sur les sentiers, leur racontant des pages de leur histoire, la nature et les paysages qu’ils aiment, les anecdotes et les traditions de leur contrée. », nous confie Anne-Catherine Ostertag, la directrice de l’Office du tourisme de Schirmeck.
Parmi les nombreux bénévoles de la Vallée qui donnent de leur temps, il y a notre ami Henri Hierholz qui, depuis trente ans, affiche une présence indéfectible. Dès que la météo est favorable pour montrer le Soleil aux visiteurs, la Deudeuche et la remorque, chargée de télescopes, sont toujours aux côtés de notre astronome amateur. A cela s’ajoutent souvent des conférences et des visites nocturnes de son observatoire pour montrer et observer le ciel nocturne.
Cette année, cette trentième année fût l’occasion de lui montrer la gratitude de la commune pour son investissement durant les trois dernières décennies. Mme Ostertag eut ainsi l’honneur de lui témoigner avec les mots qui conviennent et un présent de circonstance, combien les habitants de la vallée appréciaient sa présence et son investissement pour faire cohabiter l’astronomie et la découverte de la région. © Roger Hellot, Terebellum-20190827